Après plus de six décennies de liberté et de tolérance, Amsterdam s'apprête-t-elle à fermer les portes de ses célèbres coffee-shops aux touristes ? Entre gentrification galopante et lutte acharnée contre le tourisme de masse, la maire Femke Halsema remet le "critère de résidence" sur le devant de la scène. Un tournant historique qui pourrait changer à jamais le visage de la capitale la plus libérale d'Europe.
Sommaire
Depuis les années 1970, Amsterdam est mondialement connue pour son gedoogbeleid (politique de tolérance). Cette approche unique permet la vente de petites quantités de cannabis dans des établissements régulés, les fameux coffee-shops, bien que la production reste techniquement illégale. Pendant des décennies, ce modèle a fait de la ville le phare de la liberté individuelle en Europe.
Cependant, ce qui était autrefois une marque d'ouverture d'esprit est aujourd'hui perçu par une partie de la municipalité comme un fardeau. Avec plus de 20 millions de visiteurs par an, Amsterdam suffoque sous le poids du tourisme de masse, et le tourisme cannabitique est directement pointé du doigt comme l'une des causes principales des nuisances dans le centre historique (De Wallen).
La maire écologiste d'Amsterdam, Femke Halsema, mène une bataille frontale pour transformer l'image de sa ville. Son objectif est clair : réduire le nombre de touristes "nuisibles" pour privilégier une clientèle plus aisée et culturelle. C'est le cœur du processus de gentrification qui touche actuellement la capitale hollandaise.
Selon la mairie, une grande partie des touristes étrangers ne viennent à Amsterdam que pour consommer du cannabis, ce qui attirerait également la criminalité liée aux drogues dures et aux transactions de rue. En limitant l'accès aux coffee-shops, Halsema espère rendre la ville moins attractive pour ce profil de visiteurs et redonner le centre-ville aux résidents locaux.

Le levier juridique utilisé est le I-criterium (criterium d'habitabilité ou de résidence). Cette loi permettrait aux autorités d'exiger que seuls les résidents des Pays-Bas puissent entrer et acheter dans les coffee-shops. Ce système est déjà en vigueur dans plusieurs villes du sud du pays, comme Maastricht, où il a été mis en place pour réduire le trafic transfrontalier.
Si Amsterdam adopte cette mesure, chaque client devra présenter une preuve de résidence (BRP) et une pièce d'identité néerlandaise à l'entrée. Pour les millions de touristes qui franchissent chaque année les portes de la ville, cela signifierait la fin de l'accès légal au cannabis.
Le projet ne fait pas l'unanimité, loin de là. Les propriétaires de coffee-shops, regroupés au sein de syndicats professionnels, alertent sur les conséquences désastreuses d'une telle mesure. Le risque principal ? L'explosion du marché noir. Si les touristes ne peuvent plus acheter de manière sécurisée et contrôlée dans les boutiques, ils se tourneront inévitablement vers les dealers de rue.
De plus, de nombreux observateurs soulignent que cette politique va à l'encontre de la "libéralité" qui a fait la renommée mondiale d'Amsterdam. La gentrification risque de transformer la ville en un musée à ciel ouvert pour les riches, dénué de l'âme rebelle et tolérante qui la caractérise depuis plus d'un demi-siècle.
En Bref : Ce qu'il faut retenir
Les touristes peuvent-ils encore entrer dans les coffee-shops aujourd'hui ?
Oui, à l'heure actuelle, les touristes majeurs peuvent toujours accéder librement aux coffee-shops d'Amsterdam. Le projet de ban est encore en phase de discussion politique et de vote.
Quand cette interdiction pourrait-elle entrer en vigueur ?
Les débats sont en cours, mais une application stricte pourrait voir le jour d'ici 2025 ou 2026, selon l'issue des prochaines échéances électorales locales.
Le CBD est-il concerné par cette interdiction ?
Non, le CBD (cannabidiol) est légal et ne tombe pas sous la même réglementation que le cannabis riche en THC vendu dans les coffee-shops. Vous pouvez continuer à acheter des fleurs et huiles de CBD librement.
Par Mila de Vries
Spécialiste de la culture cannabis et rédactrice pour Odile.green, Mila analyse les tendances législatives et sociétales du chanvre en Europe. Basée entre Paris et Amsterdam, elle déchiffre l'impact des politiques publiques sur le marché du CBD et du cannabis.
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